
Un virage vers l'IA musicale pour Benoît Carré
Fatigué d'écrire exclusivement pour autrui, Benoît Carré a plongé dans l'univers de la musique assistée par intelligence artificielle. Sa curiosité fut piquée lorsque son groupe Lilicub captiva l'attention d'un chercheur, le menant à explorer les capacités d'IA au sein d'un laboratoire. Fasciné par le Continuator, un outil capable de prolonger des mélodies jouées au piano, Carré s'est embarqué en 2015 dans l'aventure Flow Machines de Sony CSL, qui explore la création musicale via l'IA.
Son exploration l'a conduit à créer une œuvre s'inspirant des Beatles, suivie par la sortie sous le pseudonyme Skygge (signifiant "ombre" en danois) de "Hello World", un album d'électro-pop où l'IA joue un rôle de co-compositeur. Cet album, enrichi par la collaboration de célébrités telles que Stromae et le jazzman Médéric Collignon, témoigne de l'intégration réussie de l'IA dans le processus créatif. Pour "Ballad of the Shadow", par exemple, l'IA a composé les couplets tandis que Carré ajoutait les refrains, illustrant une fusion harmonieuse entre créativité humaine et innovation technologique.

L'intelligence artificielle : un outil créatif révolutionnaire
Le terme "intelligence artificielle", omniprésent dans les discussions actuelles, englobe en réalité diverses applications et technologies. Comme Bruno Crolot de Spotify le souligne, c'est l'IA générative qui capte particulièrement l'attention. Cette forme d'IA, qui vise à reproduire les capacités créatives et intellectuelles humaines, repose majoritairement sur le deep learning, ou apprentissage profond, simulant le fonctionnement du cerveau via d'immenses réseaux de neurones. Grâce à cet apprentissage, l'IA peut accomplir des tâches en s'appuyant sur de vastes ensembles de données.
L'innovation ne s'arrête pas là. Les deepfakes musicaux illustrent parfaitement la capacité de l'IA à créer de toutes pièces des collaborations inédites, telles qu'un morceau entre The Weeknd et Drake, ou encore des reprises surprenantes comme Angèle reprenant un titre de rap. Dans le monde du beatmaking, Sylvain Richard, alias 20syl, pousse l'expérience plus loin en créant "Savages", un duo virtuel entre son groupe et Jay-Z, grâce à l'IA. Utilisant l'application Uberduck pour synthétiser la voix de Jay-Z, il offre un exemple saisissant de la manière dont l'IA peut enrichir et réinventer le processus créatif musical.

Vers une nouvelle ère de créativité avec l'IA
L'avènement de technologies avancées comme ChatGPT et Midjourney a marqué un tournant dans l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine artistique, notamment en musique. Avant ces innovations, des artistes tels que 20syl devaient user d'ingéniosité pour obtenir des résultats satisfaisants. Aujourd'hui, la synthèse vocale, qui permet d'imiter avec précision les voix célèbres, fascine particulièrement 20syl, tandis que Benoît Carré poursuit ses explorations créatives en exploitant ces nouvelles possibilités.
L'IA est capable de couvrir un spectre étendu d'activités, allant de la composition musicale à la production, offrant la génération de mélodies, l'écriture de textes, ou encore l'automatisation de tâches autrefois manuelles. Pourtant, malgré ces avancées, certains, comme le chercheur François Pachet, considèrent l'IA davantage comme un outil d'assistance que comme un remplaçant de la créativité humaine. Les applications actuelles, bien qu'innovantes, semblent encore insuffisantes pour révolutionner entièrement le processus de création musicale, notamment en raison de contraintes juridiques et d'un intérêt modéré pour la composition dans certains genres musicaux.
Selon 20syl, l'IA n'est pas seulement une révolution technologique mais une opportunité d'améliorer des outils existants et de concevoir des instruments inédits. Des plateformes comme Mubert, Music LM, et Suno AI démontrent déjà le potentiel de l'IA de générer de la musique en quelques clics. Cependant, l'implication humaine reste cruciale, soulignant le fait que l'IA, pour l'instant, excelle davantage dans le domaine visuel que musical. Ce constat, toutefois, pourrait rapidement évoluer avec les progrès continus de la technologie.